20 juillet 2008
Le Témoignage de Départ de karine
Au tout début, j'ai détesté karine.
Elle a pu rentrer au stade Charlety le 1er mai 2007 et pas moi.
Puis je suis passé outre et j'ai découvert une jeune fille très sympa et très drôle. notre première rencontre a eu lieu dans un théâtre, pour le one man show du frère de sa meilleure amie. Ou plutôt après le spectacle parce que je suis arrivé en retard et que je me suis assis, seul, au fond de la salle. Heureusement qu'il y a eu ensuite un dîner, puis un autre pour que je puisse faire mieux connaissance de cette truculante jeune demoiselle.
Via son blog, je découvre les petits spectacles parisiens cachés et les autres plaisirs de la vie. A découvrir...
''Alors que je n'ai rien posté sur mon blog
depuis des semaines, me voilà en train de rédiger une blognote pour Monsieur
Mafenêtre. Car l'heure est grave : ce blog va fermer. Du coup, je me suis
replongée dans les archives, à la recherche de mon tout premier commentaire
ici. Il s'agissait de cinéma, et c'était le 16 février 2007. Presque un an et
demi que je viens lire tout ce qui passe par la tête de ce trentenaire à sa fenêtre.
J'ai un peu l'impression de le connaître, ce fan de Camille, de randonnées dans
le désert et de bière. Et puis en fait non. Car il ne dévoile que ce qu'il veut
bien dévoiler.
Donc voilà, Monsieur Mafenêtre va fermer les volets, et ça va faire bizarre de ne plus voir de lumière à cette fenêtre. Mais peut-être que, tout frustré de ne plus s'exprimer chez lui, il viendra s'exprimer chez les autres bloggueurs !
Une fenêtre se ferme, et des portes s'ouvrent...''
Le Témoignage de Départ de Dark Angel
J'ai découvert Dark Angel il y a quelques mois. A la suite d'un commentaire qu'il avait laissé sur mon blog... Curieux comme pas deux, je suis allé voir de quoi il en retournait et j'ai décelé entre les lignes un jeune garçon sensible, plein de question et de doute. Tout ce que j'aime.
Cette première impression a été confirmée lors de notre première rencontre et des suivantes, rencontres pendant lesquelles nous avons pu échanger sur nos vies, nos amours, nos blogs...
Dark Angel est un garçon touchant, allez le lire si ce n'est déjà fait.
''Lorsque Monsieur m'a
annoncé qu'il refermait Sa Fenêtre, cela m'a attristé profondément. Sa Fenêtre
aura été l'un des premiers blogs que l'Ange Noir aura aperçu du ciel et il
prend tout naturellement une part importante dans l'existence des Ailes du
Désir. Il a été également l'un des premiers à me commenter, même si par la
suite il s'est absenté pour des raisons qui lui sont personnelles.
Gentil, attentionné, émotif
: telles sont les qualités qui le définissent mais il en a d'autres. Son départ
va causer une grande perte sur la blogosphère, la vue quotidienne de Sa Fenêtre
va nous manquer à tous.
Signe annonciateur de
changements ou (re)naissance d'une nouvelle personnalité ? Quoi qu'il en soit,
depuis notre nuage mes semblables et moi lui souhaitons une bonne continuation
avec toute notre bénédiction. Bien entendu, Monsieur Sa Fenêtre restera le
bienvenu sur la toile si tant est qu'il veuille bien nous rendre visite, ce que
nous espérons.
Bisous angéliques et... bon
vent !''
19 juillet 2008
Prise de tête
Je viens d'annoncer que je n'irai pas à la deuxième partie de l'enterrement de vie de garçon d'un pote ce soir, après le diner d'hier qui fut trop alcoolisé.
J'ai besoin de me reposer, d'être au calme.
Et pourtant, j'ai envie de ne pas être seul.
De trouver une présence. Une personne. Une oreille. Une bouche. Des yeux. Des mots. De l'affection. De la tendresse.
La semaine fut dure. Comme toutes les semaines, je ravale mon orgueil et ma fierté en permanence au bureau. J'essaye de me dire que j'ai encore des compétences, des qualités.
Les soirées furent chargées aussi. Entre des diners, des verres,
des focus groupes. Je ne suis rentré chez moi que pour dormir.
Et là, j'aspire au calme et à la chaleur de mon appartement. Je suis content d'être seul et pourtant, j'aimerais une présence...
Compliqué, vous avez dit?
Le Témoignage de Départ de coachola
coachola est le premier à inaugurer les témoignages de départ. Cela pourrait être du favoritisme mais j'ai décidé de suivre une règle stupide: premier arrivé, premier servi.
coachola donc, que j'ai eu la chance de rencontrer dans la tiédeur du Lot l'été dernier. Puis de revoir dans l'agitation parisienne pour un dîner avec son amie DamDom. Puis...
De suite, cette charmante personne a lu derrière les lignes, a su comprendre qui j'étais et ce que je sous entendais dans mes posts. Très souvent, il m'a foutu un coup de pied au cul avec ses commentaires sans complaisance et bienvenus.
C'est une personne rare et généreuse, le genre qui ne dit pas seulement ce que vous avez envie d'entendre...
Malheureusement, coachola n'écrit plus trop sur son blog mais voici la prose qu'il a proposé de publier pour mon départ, le conte du Petit Poucet.
Bonne lecture!
''Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient
sept enfants, tous des garçons. L'aîné n'avait que dix ans et le plus jeune
n'en avait que sept. On s'étonnera que le bûcheron ait eu tant d'enfants en si
peu de temps; mais c'est que sa femme allait vite en besogne, et n'en faisait
pas moins de deux à la fois. Ils étaient très pauvres, et leurs sept enfants
les incommodaient beaucoup, parce qu'aucun d'eux ne pouvait encore gagner sa
vie.
Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était
fort délicat et ne disait mot: prenant pour bêtise ce qui était une marque de
la bonté de son esprit. Il était tout petit, et quand il vint au monde, il
n'était guère plus gros que le pouce, ce qui fit que l'on l'appela le petit
Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleurs de la maison, et on lui
donnait toujours tort. Cependant il était le plus fin, et le plus avisé de tous
ses frères, et s'il parlait peu, il écoutait beaucoup.
Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande,
que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que les
enfants étaient couchés, et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme,
il lui dit, le cœur serré de douleur: ''Tu vois bien que nous ne pouvons plus
nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et
je suis résolu d'aller les perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car
tandis qu'ils s'amuseront à fagoter, nous n'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils
nous voient.
Ah! s'écria la bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener
perdre tes enfants?'' Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté,
elle ne pouvait y consentir; elle était pauvre, mais elle était leur mère.
Cependant ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de
faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant.
Le petit Poucet entendit tout ce qu'ils dirent, car ayant
entendu depuis son lit qu'ils parlaient d'affaires, il s'était levé doucement,
et s'était glissé sous l'escabelle de son père pour les écouter sans être vu.
Il alla se recoucher et ne dormit point le reste de la nuit, songeant à ce
qu'il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d'un ruisseau où
il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison.
On partit, et le petit Poucet ne dit rien de tout ce qu'il
savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt très épaisse, où à dix pas de
distance on ne se voyait pas l'un l'autre. Le bûcheron se mit à couper du bois
et ses enfants à ramasser les broutilles pour faire des fagots. Le père et la
mère, les voyant occupés à travailler, s'éloignèrent d'eux insensiblement, et
puis s'enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné. Lorsque les enfants
se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force.
Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il
reviendrait à la maison; car en marchant il avait laissé tomber le long du
chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit
donc: ''Ne craignez point, mes frères; mon père et ma mère nous ont laissés
ici, mais je vous ramènerai bien au logis, suivez-moi seulement.'' Ils le
suivirent, et il les mena jusqu'à leur maison par le même chemin qu'ils étaient
venus dans la forêt. Ils n'osèrent d'abord entrer, mais ils se mirent tous
contre la porte pour écouter ce que disaient leur père et leur mère.
Au moment où le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez
eux, le seigneur du village leur envoya dix écus qu'il leur devait il y avait
longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien: cela leur redonna vie, car les
pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya immédiatement sa femme à la
boucherie. Comme il y avait longtemps qu'elle n'avait mangé, elle acheta trois
fois plus de viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux. Lorsqu'ils
furent rassasiés, la bûcheronne dit: ''Hélas! où sont maintenant nos pauvres
enfants? Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi
Guillaume, c'est toi qui les as voulu perdre. J'avais bien dit que nous nous en
repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt? Hélas! mon Dieu, les
loups les ont peut-être déjà mangés! Tu es bien inhumain d'avoir perdu ainsi
tes enfants.'' Le bûcheron s'impatienta à la fin, car elle redit plus de vingt
fois qu'ils s'en repentiraient et qu'elle l'avait bien dit. Il la menaça de la
battre si elle ne se taisait pas. Ce n'est pas que le bûcheron ne fût peut-être
encore plus fâché que sa femme, mais c'est qu'elle lui cassait la tête, et qu'il
était de l'humeur de beaucoup d'autres gens, qui aiment fort les femmes qui
disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien
dit.
La bûcheronne était toute en pleurs: ''Hélas! où sont
maintenant mes enfants, mes pauvres enfants?'' Elle le dit une fois si haut que
les enfants, qui étaient à la porte, l'ayant entendu, se mirent à crier tous
ensemble: ''Nous voilà, nous voilà.'' Elle courut vite leur ouvrir la porte, et
leur dit en les embrassant: ''Que je suis contente de vous revoir, mes chers
enfants! Vous êtes bien las, et vous avez bien faim; et toi Pierrot, comme te
voilà crotté, viens que je te débarbouille.'' Ce Pierrot était son fils aîné
qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau, et
qu'elle était un peu rousse. Ils se mirent à table, et mangèrent d'un appétit
qui faisait plaisir au père et à la mère, à qui ils racontaient la peur qu'ils
avaient eue dans la forêt en parlant presque toujours tous ensemble: ces bonnes
gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant
que les dix écus durèrent. Mais lorsque l'argent fut dépensé, ils retombèrent
dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore, et pour ne pas
manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois.
Ils ne purent parler de cela si secrètement qu'ils ne
fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d'affaire
comme il avait déjà fait; mais quoiqu'il se fût levé de bon matin pour aller
ramasser des petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte
de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque la
bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il
songea qu'il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux en le jetant
par miettes le long des chemins où ils passeraient; il le serra donc dans sa
poche. Le père et la mère les menèrent dans l'endroit de la forêt le plus épais
et le plus obscur, et dès qu'ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant et les
laissèrent là.
Le petit Poucet ne s'en chagrina pas beaucoup, parce qu'il
croyait retrouver aisément son chemin grâce à son pain qu'il avait semé partout
où il avait passé; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une
seule miette; les oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé. Les voilà donc
bien affligés, car plus ils marchaient, plus ils s'égaraient et s'enfonçaient
dans la forêt. La nuit vint, et il s'éleva un grand vent qui leur faisait
épouvantablement peur. Ils croyaient n'entendre de tous côtés que des
hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n'osaient presque
se parler ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les trempa
jusqu'aux os; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d'où ils
se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.
Le petit Poucet grimpa au haut d'un arbre pour voir s'il ne
découvrirait rien; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur
comme d'une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la forêt. Il descendit
de l'arbre; et lorsqu'il fut à terre, il ne vit plus rien; cela le désola.
Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères du côté qu'il avait vu la
lumière, il la revit en sortant du bois. Ils arrivèrent enfin à la maison où
était cette chandelle, non sans bien des frayeurs, car souvent ils la perdaient
de vue, ce qui leur arrivait toutes les fois qu'ils descendaient dans quelques
fonds. Ils frappèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle
leur demanda ce qu'ils voulaient; le petit Poucet lui dit qu'ils étaient de
pauvres enfants qui s'étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient à
coucher par charité.
Cette femme les voyant tous si jolis se mit à pleurer, et
leur dit: ''Hélas! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus? Savez-vous bien que
c'est ici la maison d'un ogre qui mange les petits enfants? -- Hélas! Madame,
lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force aussi bien que
ses frères, que ferons-nous? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne
manqueront pas de nous manger cette nuit, si vous ne voulez pas nous retirer
chez vous. Et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous
mange; peut-être qu'il aura pitié de nous, si vous voulez bien l'en prier.'' La
femme de l'ogre, qui crut qu'elle pourrait les cacher à son mari jusqu'au
lendemain matin, les laissa entrer et les mena se chauffer auprès d'un bon feu,
car il y avait un mouton tout entier à la broche pour le souper de l'ogre.
Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent
frapper trois ou quatre grands coups à la porte: c'était l'ogre qui revenait.
Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit, et alla ouvrir la porte. L'ogre
demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et
aussitôt se mit à table. Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui
en sembla que meilleur. Il reniflait à droite et à gauche, disant qu'il sentait
la chair fraîche. ''Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens
d'habiller que vous sentez. -- Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une
fois, reprit l'ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque
chose de louche.''
En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au
lit. ''Ah, dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme! Je ne
sais à quoi il tient que je ne te mange aussi; bien t'en prend d'être une
vieille bête. Voilà du gibier qui me vient bien à propos pour traiter trois
ogres de mes amis qui doivent me venir voir ces jours ici.'' Il les tira de dessous
le lit l'un après l'autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux en lui
demandant pardon; mais ils avaient à faire au plus cruel de tous les ogres, qui
bien loin d'avoir de la pitié les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme
que ce serait là de friands morceaux lorsqu'elle leur aurait fait une bonne
sauce.
Il alla prendre un grand couteau, et en approchant de ces
pauvres enfants, il l'aiguisait sur une longue pierre qu'il tenait à sa main
gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit: ''Que
voulez-vous faire à l'heure qu'il est? N'aurez-vous pas assez de temps demain
matin? -- Tais-toi, reprit l'ogre, ils en seront plus mortifiés. -- Mais vous
avez encore là tant de viande, reprit sa femme, voilà un veau, deux moutons et
la moitié d'un cochon! -- Tu as raison, dit l'ogre, donne-leur bien à souper
afin qu'ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher.'' La bonne femme fut
ravie de joie, et leur porta bien à souper, mais ils ne purent manger tant ils
étaient saisis de peur. Quant à l'ogre, il se remit à boire, ravi d'avoir de
quoi si bien régaler ses amis.
Il but une douzaine de coupes, plus qu'à l'ordinaire, ce qui
lui donna un peu mal à la tête, et l'obligea à aller se coucher. L'ogre avait
sept filles qui n'étaient encore que des enfants. Ces petites ogresses avaient
toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair fraîche comme
leur père; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu
et une fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës et éloignées l'une
de l'autre. Elles n'étaient pas encore très méchantes; mais elles promettaient
beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang. On
les avait fait coucher de bonne heure, et elles étaient toutes sept dans un
grand lit, ayant chacune une couronne d'or sur la tête. Il y avait dans la même
chambre un autre lit de la même grandeur; ce fut dans ce lit que la femme de
l'ogre mit coucher les sept petits garçons; après quoi elle alla se coucher
auprès de son mari.
Le petit Poucet qui avait remarqué que les filles de l'ogre
avaient des couronnes d'or sur la tête, et qui craignait qu'il ne prit à l'ogre
quelque remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le
milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla
tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l'ogre, après leur
avoir ôté leurs couronnes d'or qu'il mit sur la tête de ses frères et sur la
sienne, afin que l'ogre les prit pour ses filles, et ses filles pour les
garçons qu'il voulait égorger. La chose réussit comme il l'avait pensé; car
l'ogre, s'étant éveillé vers minuit, eut regret d'avoir différé au lendemain ce
qu'il pouvait exécuter la veille; il se jeta donc brusquement hors du lit, et
prenant son grand couteau: ''Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits
drôles; n'en faisons pas à deux fois.''
Il monta donc à tâtons à la chambre de ses filles et
s'approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous excepté le
petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu'il sentit la main de l'ogre qui lui
tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L'ogre, qui
sentit les couronnes d'or: ''Vraiment, dit-il, j'allais faire là un bel
ouvrage; je vois bien que j'ai trop bu hier soir.'' Il alla ensuite au lit de
ses filles où, ayant senti les petits bonnets des garçons: ''Ah! les voilà,
dit-il, nos gaillards! travaillons hardiment.'' En disant ces mots, il coupa
sans hésiter la gorge à ses sept filles. Fort content de ce coup, il alla se
recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler
l'ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s'habiller promptement et de le
suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin, et sautèrent par-dessus les
murailles.
Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant
et sans savoir où ils allaient. L'ogre s'étant éveillé dit à sa femme:
''Va-t'en là-haut habiller ces petits drôles d'hier au soir.'' L'ogresse fut
fort étonnée de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu'il
entendait qu'elle les habillât, et croyant qu'il lui ordonnait de les aller
vêtir, elle monta en haut où elle fut bien surprise lorsqu'elle aperçut ses
sept filles égorgées et nageant dans leur sang. Elle commença par s'évanouir
(car c'est le premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en
pareilles rencontres).
L'ogre, craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire
la besogne dont il l'avait chargée, monta en haut pour l'aider. Il ne fut pas
moins étonné que sa femme lorsqu'il vit cet affreux spectacle. ''Ah! qu'ai-je
fait là? s'écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et bientôt.'' Il
jeta aussitôt une potée d'eau au visage de sa femme, et l'ayant fait revenir:
''Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j'aille les
attraper.'' Il se mit en campagne, et après avoir couru bien loin de tous
côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient les pauvres enfants qui
n'étaient plus qu'à cent pas du logis de leur père. Ils virent l'ogre qui allait
de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu'il
aurait fait le moindre ruisseau.
Le petit Poucet, qui vit un rocher creux proche le lieu où
ils étaient, y fit cacher ses six frères, et s'y fourra aussi, regardant
toujours ce que l'ogre deviendrait. L'ogre, qui se trouvait fort las du long
chemin qu'il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent
fort leur homme), voulut se reposer, et par hasard il alla s'asseoir sur la
roche où les petits garçons s'étaient cachés. Comme il n'en pouvait plus de
fatigue, il s'endormit après s'être reposé quelque temps, et vint à ronfler si
effroyablement que les pauvres enfants n'en eurent pas moins de peur que quand
il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge. Le petit Poucet en eut
moins de peur, et dit à ses frères de s'enfuir promptement à la maison, pendant
que l'ogre dormait bien fort, et qu'ils ne se missent point en peine de lui.
Ils crurent son conseil et gagnèrent vite la maison.
Le petit Poucet, s'étant approché de l'ogre, lui retira
doucement les bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient bien grandes et
bien larges; mais comme elles étaient magiques, elles avaient le don de
s'agrandir et de se rapetisser selon la jambe de celui qui les chaussait, de sorte
qu'elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles
avaient été faites pour lui. Il alla droit à la maison de l'ogre où il trouva
sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées. ''Votre mari, lui dit le
petit Poucet, est en grand danger, car il a été pris par une troupe de voleurs
qui ont juré de le tuer s'il ne leur donne tout son or et tout son argent. Au
moment où ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m'a aperçu et m'a prié
de vous venir avertir de l'état où il est, et de vous dire de me donner tout ce
qu'il a de valeur sans en rien retenir, parce qu'autrement ils le tueront sans
miséricorde: comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses
bottes de sept lieues que voilà pour faire diligence, et aussi afin que vous ne
croyiez pas que je sois un menteur.''
La bonne femme fort effrayée lui donna aussitôt tout ce
qu'elle avait: car cet ogre ne laissait pas d'être fort bon mari, quoiqu'il
mangeât les petits enfants. Le petit Poucet étant donc chargé de toutes les
richesses de l'ogre s'en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien
de la joie. Il y a bien des gens qui ne sont pas d'accord avec cette dernière
circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n'a jamais fait ce vol à
l'ogre; qu'à la vérité, il n'avait pas fait conscience de lui prendre ses
bottes de sept lieues, parce qu'il ne s'en servait que pour courir après les
petits enfants. Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour
avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron. Ils assurent que lorsque le petit
Poucet eut chaussé les bottes de l'ogre, il s'en alla à la cour, où il savait
qu'on était fort en peine d'une armée qui était à deux cents lieues de là, et
du succès d'une bataille qu'on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le
roi, et lui dit que s'il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de
l'armée avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme d'argent s'il
en venait à bout.
Le petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même, et
cette première course l'ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu'il voulait;
car le roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l'armée, et une
infinité de dames lui donnaient tout ce qu'il voulait pour avoir des nouvelles
de leurs amants, et ce fut là son plus grand gain. Il se trouvait quelques
femmes qui le chargeaient de lettres pour leurs maris, mais elles le payaient
si mal, et cela allait à si peu de chose, qu'il ne daignait mettre en ligne de
compte ce qu'il gagnait de ce côté-là. Après avoir fait pendant quelque temps
le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de bien, il revint chez son
père, où il n'est pas possible d'imaginer la joie qu'on eut de le revoir. Il
mit toute sa famille à son aise. Il acheta des offices de nouvelle création
pour son père et pour ses frères; et par là il les établit tous, et fit
parfaitement bien sa cour en même temps.''
13 juillet 2008
Voilà, c'est presque fini
Il y a un peu plus d'un mois, j'ai décidé de mettre fin à ce blog. Fin juillet est ma date, quand je partirai en vacances.
Je vous en expliquerai les raisons lors de mon post final.
Pour ne pas partir précipitamment, j'ai demandé à quelques bloggeurs lecteurs ou à des bloggeurs qui ont compté dans l'aventure de ce blog, de m'envoyer un petit message que je publierai. Selon plusieurs retours, le brief n'était pas clair. Il s'agissait simplement d'écrire un petit article en lien avec mon
blog, avec nos rencotres à la façon de...
Vous découvrirez ces contributions dans les jours qui viennent.
04 juillet 2008
Taxi de nuit
J'adore prendre le taxi la nuit. Celui qui me ramène dans mon lit. Rapidement.
Dans le confort d'une voiture. Dans le calme.
C'est une ode aux pensées, aux souvenirs de la journée, aux questions auxquelles je n'ai pas de réponse.
Je regarde les gens, les autres. Ceux qui sont dehors, en couple, en groupe, seuls.
Je regarde la ville qui s'étend devant moi, surtout quand je passe devant ces monuments magnifiques..
Je regarde ma vie, sans complaisance.
J'ai passé un incroyable dîner ce soir. Un dîner où je me suis
senti bien, moi-même. Emetteur et récepteur. En très bonne compagnie.
Je me sens bien. Je suis épuisé mais je me sens bien.
29 juin 2008
Grande question
Vendredi, je suis allé dans la petite église de C aux obsèques du frère de ma grand mère; de l'oncle de ma mère; du père de ma marraine.
Rassurez-vous, je ne vais pas partir dans le larmoyant. Bien que ce le fut vendredi après-midi, larmoyant.
Et c'est ce que je cherche à comprendre.
Flashback. Mercredi soir, alors que je suis dans le train qui me ramène de la Défense, ma mère m'appelle pour m'annoncer la nouvelle.
Dès que son nom est apparu sur mon téléphone, j'ai compris. Compris que le cancer foudroyant avait fini par avoir le dessus. Quelques larmes mes sont montées aux yeux mais je les attribue plus à la fatigue qu'à la tristesse. Ne croyez pas que j'ai un cœur de pierre mais, et d'un, je pense que parfois mieux vaut être délivré de la souffrance, et de deux, je n'étais pas très proche de ce grand oncle.
Très rapidement, je réalise néanmoins que je me dois de me rendre aux obsèques. Pour ma mère, ma grand-mère et ma marraine. C'est un évènement fort dans une famille et l'éloignement ne doit pas me faire oublier que la souffrance des autres est là. Bien là. Et que maintenant, dans cette famille de femmes, je suis l'homme le plus vieux.
Vendredi, 13h, alors que ma soeur me récupère à l'aéroport de Toulouse, je la harcèle de questions pour connaître dans le moindre détail le déroulé de la cérémonie, l'attitude à adopter, les mots à dire. Car c'était une quasi première pour moi (Dieu merci) et je sais que je suis facilement dépassé par l'émotion. Elle me rassure, me dit que l'important est d'être là. Je comprends mieux alors les erreurs que j'ai pu commettre récemment face à la détresse d'une amie.
14h20. On arrive dans les premiers à l'église; on discute avec les rares personnes que nous connaissons.Ce fut les derniers moments que j'ai compris de la journée.
14h30, le corbillard arrive, ma mère aussi. Elle se gare près de l'entrée pour faciliter la sortie de ma grand mère, fortement handicapée. Je me précipite pour l'aider et reste sans voix. Ma grand mère est en larmes; elle me serre fortement dans ses bras; je ne l'ai jamais vue ainsi. Je l'aide à sortir. Ma mère arrive, les yeux plus qu'embués. Elle me serre aussi fortement dans ses bras. Comme jamais. Et là, je me tourne, je vois ma marraine (''Il n'y a rien de pire que de regarder les gens qui sont tristes et ne pas oser s'approcher'', m'avait dit ma sœur). Je m'approche pour la saluer; elle me tombe dans les bras, en sanglots. Nous restons comme ça une bonne trentaine de secondes, elle me dit qu'elle est contente que je sois là. Je pleure aussi. Je savais que je comptais pour elle mais pas à ce point.
Je prends ma grand mère par un bras, ma sœur par l'autre et nous suivons ma marraine dans l'église. Elle s'installe sur une chaise au premier rang. Un des fils de ma marraine est en pleurs; un grand gaillard de 25 ans. Au moment de la bénédiction du corps, la possibilité nous est donnée de venir saluer une dernière fois le défunt. Mécaniquement, je me mêle aux autres et vais toucher le cercueil. J'aide ensuite ma grand mère qui vient caresser le cercueil et crie un ''Adieu René'' qui me glace les sangs...
Pourquoi je vous raconte tout ça?
Parce que je fus très surpris par ma réaction.
Des pleurs, des pleurs et encore des pleurs. Alors que je n'étais pas très proche du défunt. Que je n'avais pas pleuré les jours précédents. Que j'avais même hésité à descendre (honte à moi). 
Alors pourquoi? Une fois devant la détresse des autres, leurs pleurs non retenus (surtout ma marraine qui me pleure dans les bras), je n'ai pu retenir les miens. J'étais triste de la souffrance des autres. Triste de voir que j'étais incapable de faire quelque chose pour les aider.
Ma sœur m'avait dit que c'était le plus dur à gérer. Effectivement.
28 juin 2008
Bonne bouffe
Canard (non gras), pommes sautées, glaces, bon pain, charcuterie, pizza... Je sens que mon week end improvisé dans le sud ouest va me coûter les quelques kilos durement perdus. Et demain, repas de famille! Le foie gras ne va pas arranger les choses.
23 juin 2008
Le Livre de Joe - Jonathan Tropper
Quelques mois seulement après le suicide de ma mère, je suis entré dans le garage à la recherche de mon gant de baseball et j'ai découvert Cindy Posner à genoux en train de pratiquer avec ardeur une fellation sur mon frère aîné, Brad, appuyé contre l'établi de notre père.
Ah, le retour de l'enfant prodige au pays! Pas facile. Surtout quand l'enfant est prodige de s'être moqué de sa ville natale. Voilà comment l'on pourrait résumer en quelques mots ce magnifique et excentrique roman.
Joe, la trentaine, a quitté sa ville natale pour New York où il est devenu un écrivain en vue après avoir raconté comment ses ex-concitoyens étaient des ploucs finis. Ce succès littéraire lui a valu une haine féroce. Alors, quand il ne reste que quelques jours à vivre à son père, il hésite à rentrer pour une dernière visite.
Il rencontre alors l'hostilité de tous les habitants de cette bourgade et doit faire face à un passé qu'il avait vite oublié.
Revoir son ex, qu'il n'a jamais vraiment cessé d'aimé; revoir son ancien meilleur ami, gay; se replonger dans les histoires d'adolescence, premières amours, premiers émois...
Un roman très prenant. Une écriture fluide. Une intrigue universelle: comment faire face à un passé que l'on
avait mis de côté?
J'ai littéralement dévoré ce livre. J'ai beaucoup ri. Beaucoup pleuré aussi. Jonathan Tropper est un virtuose des émotions.
A découvrir au plus vite.
22 juin 2008
Bouffe
Alors me voilà taggué, comme on dit. Et ceci, par le fidèle tto (on se renvoie la balle aujourd'hui). Moi qui croyais qu'il me connaissait!
Pour vous mettre l'eau à la bouche, le règlement:
mettre le lien de celui qui m'a refilé la patate avec l'eau de cuisson...
mettre le règlement sur mon blog
répondre aux six questions suivantes
taguer six personnes à la fin du billet en mettant leur lien.
avertir directement sur leur blog les personnes taguées.
1/ Un aliment ou un produit que je n'aime pas du tout
Facile! Le fromage! Depuis tout petit, je ne peux pas manger tout ce qui est mou et qui sens fort. Mon père, grand amateur et formidable pédagogue, m'obligeait à rester dans la cuisine pour manger mon fromage... Comment dire que la surprise a dû être grande lorsque le frigo a été bougé!
2/ Mes trois aliments favoris
Le pain, les pâtes et les pommes de terre. Ouah, quel gastronome!
Plus sérieusement, j'aime bien les plats qui tiennent au ventre, simplement et bien cuisinés. Depuis le début de mon régime, je ne mange plus des aliments sus-cités.
3/ Ma recette favorite
J'aime les plats qui mijote... longtemps... Qui laissent des sucs de cuisson au fond de la casserole.
Alors après ce brief, je dirais la daube ou les lentilles. Hum, ça donne faim malgré les 35° extérieur.
Je vous ai dit que je savais où manger la meilleure daube de Paris (rien que ça!)?
4/ Ma boisson de prédilection
La bière... J'ai mis longtemps à aimer mais maintenant, je ne peux plus m'en passer. Elle est surtout là pour les apéros ou les soirées.
Pour le repas, très classique, une bouteille de bon vin.
5/ Le plat que je rêve de réaliser et que je n'ai toujours pas fait
Le minestrone. Mon père en fait d'exquis. J'ai récupéré la recette mais je ne me suis toujours pas lancé dans la réalisation. Bientôt promis!
6/ Mon meilleur souvenir culinaire
C'est plus une madeleine de proust: la soupe au fromage de ma grand mère.
Enfant, je déjeunais tous les midis avec ma grand mère. On parlait de l'épisode de Santa Barbara à venir, on
regardait Tournez manège et on mangeait... Tous les jours, bouillon. Et une fois par semaine, soupe au fromage. Alors contradictoire avec la première question? Pas vraiment, car j'adore le fromage fondu.
Après ces évocations culinaires qui donnent faim au petit ventre que je suis et qui n'a mangé qu'un seul croissant de la journée, je décide unilatéralement de rompre la chaîne. Ou de la donner à qui veut. Sans rancune?

